
Romancier, auteur dramatique et
poète irlandais.
Débuts entre
prose et poésie
Né à Dublin, au sein d’une
famille protestante, Samuel Beckett fréquente une école religieuse du nord de
l’Irlande, puis entre au célèbre Trinity College de Dublin, où il étudie les
langues romanes et le français. Nommé en 1928 lecteur de français à l’École
normale supérieure à Paris, il étudie Descartes et fréquente les milieux
littéraires, où il se lie d’amitié avec James Joyce. Durant cette période, il
écrit ses premiers textes en anglais : un essai philosophique, Dante, Bruno, Vico, Joyce (1929), un
essai critique, Proust (1931), ainsi qu’un long poème, Whoroscope
(1930).
De 1932 à 1937, Beckett voyage en
Europe, rompt avec sa famille et s’installe définitivement à Paris en 1938.
Réduit à un état de dénuement extrême, dont son œuvre se fait souvent l’écho,
il survit grâce à divers travaux de traduction et au soutien de Joyce, dont il
est l’un des collaborateurs et le traducteur lors de l’élaboration de Finnegans
Wake. De cette période datent également son recueil de poésie Echo’s
bones (1935) et sa première tentative dans le genre romanesque, Murphy
(1938).
Durant l’occupation allemande,
Beckett prend part à des actions de résistance à Paris, d’où il s’enfuit en
1942 pour échapper à la Gestapo. Réfugié en zone libre, il rédige un roman, Watt,
qui ne sera publié qu’en 1953.
Après la guerre, Beckett revient
à Paris et y publie, grâce à Jérôme Lindon, éditeur aux Éditions de Minuit,
trois romans rédigés en français et perçus souvent comme une trilogie : Molloy (1951)!; Malone meurt
(1951) et l’Innommable (1953). Ces textes, d’une grande nouveauté
thématique et stylistique, lui valent un certain succès critique.
Vers une
écriture dépouillée :
théâtre et récit
C’est au théâtre que Beckett va
connaître la célébrité : en
1953, en effet, sa pièce En attendant Godot, mise en scène par Roger
Blin, est un triomphe!; sa carrière de dramaturge est lancée.
Parmi les nombreuses pièces qui
suivront, citons Fin de partie (1957)!; la Dernière Bande (1959)!;
Oh les beaux jours (1961, montée par Roger Blin en 1963)!; Comédie
(1964)!; Pas moi (1973)!; That Time (1976)!; Foot falls
(1976)!; Catastrophe et autres dramaticules (1982).
Samuel Beckett ne renonce
cependant pas à composer une œuvre narrative aussi abondante qu’exigeante.
Parmi ses plus importants récits figurent Nouvelles et textes pour rien
(1955)!; Comment c’est (1961)!; Imagination morte, imaginez
(1965)!; Têtes mortes (1967)!; Mercier et Camier (1970)!; le
Dépeupleur (1971) et Pour finir encore et autres foirades (1976). À
partir de Compagnie (1980), ses textes en prose se font extrêmement
brefs, au point d’être parfois réduits à quelques pages (Mal vu mal dit,
1981!; Soubresauts, 1989).
Beckett s’est beaucoup intéressé
au rapport entre image et voix, ce qui l’a amené à tourner Film, en
1964, avec Buster Keaton. Il a écrit plusieurs pièces pour la télévision, comme
Trio du fantôme (1977)!; Mais les nuages… (1977) ou Quad
(1981). Samuel Beckett a reçu le prix Nobel de littérature en 1969.
Une œuvre
singulière
Beckett ne s’exprime cependant
pas sur le mode exclusif de la résignation ou du ressentiment!; il cherche,
dans son écriture, à faire face et à résister au malheur, au passage du temps,
à l’aliénation et à la déchéance. Ainsi l’humour est-il constamment présent
dans cet univers désolé, peuplé de marginaux — clochards et vagabonds, reclus, clowns,
vieillards ou malades… —
qui ne semblent attachés à la vie que par un fil ténu, celui de leur bavardage.
Porté par un humour de situations (on note l’importance des mimiques dans ses
drames), le rire chez Beckett est surtout lié aux jeux sur le langage
(onomatopées, approximations lexicales, néologismes, répétitions et
ressassement, etc.).
L’œuvre de Samuel Beckett,
cohérente et rigoureuse, a atteint, par sa singularité même, une portée
universelle.